Lu pour vous : Lettre ouverte et main tendue aux musulmans

AVERTISSEMENT : 

Cet article n'est pas de moi car je suis incapable d'écrire des horreurs pareilles !
Il s'agit d'un article paru le 13 mars dernier et signé par le sous-doué en chef du journal "le peuple". Cet article a, vous le pensez bien, suscité énormément de commentaires de la part des lecteurs, PéPinisés ou pas. L'équipe de Modrikamen, respectueuse comme leur chef de la liberté d'expression, à condition qu'elle aille dans leur sens, a purement et simplement supprimé tous les commentaires. Voltaire
* avait déjà été mis à mal par les politiciens au pouvoir, voilà qu'il l'est maintenant par ceux qui voudraient y accéder. Des fidèles lecteurs du Patriote (ils le sont tous) m'ont soumis l'idée suivante : pourquoi ne pas republier cet article dans notre rubrique "Nous avons lu pour vous" afin que chacun puisse y laisser le commentaire qu'il désire… sans courrir le risque de se le voir censurer…  C'est chose faite, allez-y… Dites ce que vous pensez de "la main tendue du PP aux musulmans"…
Votre serviteur, Pierre Renversez.

* Voltaire est considéré comme un illustre défenseur de la liberté d'expression.

Lettre ouverte et main tendue aux musulmans

article_lepeuple_maintendueL’islam occupe une large part des débats publics et des conversations privées. Des menaces terroristes que les djihadistes font planer au port du voile dans la sphère publique, le sujet est sur toutes les lèvres. Le passé parfois brillant du monde arabe est beaucoup moins connu. Entre l’angélisme des bien-pensants et l’intolérance des franges extrêmes, la voie de la main tendue est possible. Ce ne sont pas les forces intellectuelles et politiques relativistes qui pourront renouer le dialogue.

La plupart des Occidentaux ignorent probablement ce qu’ils doivent au monde arabo-musulman et qu’il fut une période relativement longue de l’Histoire au cours de laquelle celui-ci figurait à un stade plus avancé de civilisation que leurs propres ancêtres plongés dans la barbarie, les croisades, le déclin et les guerres intestines. Beaucoup méconnaissent que, dans l’histoire de l’humanité, il y eut ce que François Reynaert appelle un « moment arabe ». Entre le VIIIe et le XIIe siècle, durant quatre siècles, jusqu’au déclin amorcé avec l’expansion mongole sous Gengis Khan, il brillait de mille feux.

Les férus de connaissances demeurent pétris d’admiration devant l’œuvre colossale d’Al-Mamoun  qui fit de la « maison de la sagesse » un haut lieu de savoirs où allaient être brassées les cultures connues jusqu’alors. La petite histoire retient que la noble idée lui aurait été inspirée par l’apparition d’Aristote dans un songe. C’est justement par l’intermédiaire du monde arabe, qui conservait précieusement les œuvres du philosophe grec dans ses majestueuses bibliothèques, que l’héritage du précepteur d’Alexandre est parvenu jusqu’à nous. La transmission s’est faite grâce au génie d’Avicenne (980-1037) et d’Averroès (1126-1198) qui ont su combiner foi et raison dans un syncrétisme islamo-laïc qui apparaîtrait aujourd’hui presque audacieux.

Les passionnés de sciences savent que nous devons une bonne partie de ce que nous connaissons de la médecine aux Arabes qui avaient réussi, en leur temps, à réinterpréter et adapter les travaux d’Hippocrate et de Galien. Les assoiffés de savoirs vantent encore les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun qui ont peu à envier à l’érudition de Pic de la Mirandole. Les spécialistes en mathématiques savent que l’al-gèbre et que les al-gorithmes sont, comme l’indique leur étymologie, des concepts originellement arabes. Les amateurs d’art s’émerveillent devant  la mosquée bleue ou l’Alhambra que nous pouvons encore contempler. Si les Prix Nobel avaient été attribués à l’époque, il ne fait guère de doute que l’espace musulman aurait récolté quelques distinctions.

Mais si la plupart des Occidentaux ignorent aujourd’hui ces traits dont le génie porta autrefois la patte de musulmans inspirés, c’est d’une part en raison de la méconnaissance culturelle et historique dans laquelle se trouve plongé le monde occidental lui-même, mais aussi, et peut-être surtout, parce que les grandeurs passées du monde musulman ont été diluées dans les affres d’un présent trop souvent peu reluisant.

Précisons que parler d’un monde arabo-musulman qui serait unifié relève de la simplification outrancière. Tous les Arabes ne furent et ne sont pas musulmans. Les musulmans sont eux-mêmes divisés entre chiites et sunnites et d’autres subtiles distinctions qui font la richesse des identités. Surtout, dans le cheminement de l’histoire, des nations se sont formées et, sur les décombres des frontières dessinées par les Occidentaux voulant se partager le gâteau, des Etats se sont affirmés. Il n’en demeure pas moins qu’il existe des constantes.

L’espace arabo-musulman complexe ne présente plus aujourd’hui au monde le visage d’Avicenne et d’Averroès ou des splendeurs architecturales nouvelles, pas plus d’ailleurs -soyons de bon compte- que le monde occidental ne peut se vanter de posséder en ses rangs des Aristote et des Pic de la Mirandole modernes, ou de bâtir des cathédrales resplendissant par leur beauté. Malgré des éclaircies ayant percé le ciel lors des printemps arabes, transformés aussitôt en automnes islamistes, l’islam présente désormais une voûte céleste assombrie. La religion de Mahomet avance trop souvent voilée et pas uniquement en raison du tissu de soie que ses filles portent, de plus en plus fréquemment, à Bruxelles comme à Istanbul, autour de leur tête. Les terres d’islam ne présentent souvent  que ses ruines, celles de ces paysages détruits par des guerres ou des crimes contre la civilisation, comme la destruction des bouddhas de Bâmiyân par les Talibans en 2001.

De façon tout aussi révélatrice, le monde arabo-musulman peine à trouver la voie démocratique et se trouve aujourd’hui dominé par des chefs d’Etat prônant un islam rigoriste. C’est le cas en Iran, que certaines puissances occidentales semblent vouloir sortir de l’isolement international, ou en Arabie Saoudite que certains pays continuent, en vertu de quelques avantages financiers, mais contre leurs propres intérêts à moyen et à long terme, à soutenir. L’islam est trop souvent « aux mains » d’imams radicaux quand ce ne sont pas des chefs charismatiques et dangereux qui, d’Anvers -avec Sharia4Belgium- au Caire -avec les Frères musulmans-, étouffent toute idée de modernité et d’adaptation.

Le cheminement historique de l’espace arabo-musulman, tel que nous en avons exposé des bribes, démontre qu’une religion et le monde cultuel qui l’entoure deviennent ce que les hommes en font. Après l’ouverture d’esprit que nous avons observée, il y un millénaire, la société alors flamboyante est aujourd’hui la  principale actrice de ce choc des civilisations que l’on sent poindre et que l’on voudrait éviter. La religion de Mahomet affirme désormais trop souvent son intolérance, son antisémitisme et son salafisme.

Les penseurs éclairés affichent leur volonté de voir émerger au sein du monde musulman un Islam des lumières. Les encyclopédistes, les Voltaire et les Rousseau, auront sorti notre monde de l’obscurantisme dans lequel il était plongé. Leurs détracteurs observeront que certaines des plus grosses dérives commises par le monde occidental ont  été inspirées par le triomphe de la raison et du progrès. Les mauvaises langues ajouteront que la pente a permis la glissade jusque dans la décadence et le nihilisme actuel.  La frontière est souvent floue entre le génie et la déraison.

C’est le grand défi séculaire du monde musulman que de s’inspirer de ses propres grandeurs passées, mais aussi des valeurs véhiculées par le monde occidental, sans épouser les travers de l’un et de l’autre. A moins de sombrer dans un néo-colonialisme, d’afficher une supériorité arrogante et d’obtenir in fine l’effet contraire à celui qui est recherché, l’Occident ne pourra s’immiscer dans les affaires intérieures des Etats appartenant à la sphère islamique. Si, autrefois, le monde arabique a pu s’imprégner d’Aristote, il n’y a aujourd’hui aucune raison que l’espace musulman actuel ne puisse intégrer les travaux des génies mondiaux actuels.

En revanche, notre coin de la planète, biberonné par le judéo-christiannisme passé à la moulinette de la laïcité, inspiré par le génie des mondes grec et latin, doit se montrer ferme par rapport à l’imposition sur son territoire de valeurs qui ne cadrent pas avec cet héritage. Le voile dans les écoles, les administrations publiques, et même les entreprises, les accommodements raisonnables, comme les horaires séparés dans les piscines, l’imposition du halal, sont des reculades auxquelles nous ne devons pas nous soumettre. Les remarques faites à quiconque, musulman, catholique ou athée, qui mangerait pendant le ramadan, qui goûterait au jambon ou à l’alcool -même si, une nouvelle fois, les excès actuels dans la consommation de spiritueux ne témoignent pas d’une grande santé civilisationnelle-, sont inacceptables.

Les partis politiques qui, pour des raisons électoralistes ou par volonté de porter un coup fatidique à des siècles d’héritage, et les éditorialistes qui crachent sur le citoyen de souche -ne leur en déplaise, cette expression que d’aucuns jugeront rance témoigne d’une réalité- pour mieux enlacer l’autre uniquement parce qu’il est différent ne rendent aucunement service à la communauté humaine.

Comment un parti dit humaniste -et autrefois catholique- peut-il se targuer d’avoir fait élire la première députée voilée d’Europe ? Comment un parti s’érigeant autrefois comme le fer de lance de la laïcité en « bouffant du curé » peut-il à ce point renier son passé en parlant à l’oreille des imams parfois radicaux ? Comment un parti libéral peut-il dissoudre ses valeurs en fermant les yeux sur les volontés liberticides portées par certains ?

Nous ne voulons pas de ces compromissions viles et de ces renoncements lâches. A la main molle tendue par les bien-pensants de tous bords et au poing ravageur brandi par les extrémistes de tous poils, nous préférons une poignée de mains ferme. Nous ne devons pas transiger sur nos valeurs multiséculaires. Nous devons nous battre pour réaffirmer la laïcité. Nous devons défendre l’égalité hommes-femmes.

Nous nous devons aussi d’accueillir dans notre creuset les personnes qui partagent la même vision ambitieuse pour l’homme, les valeurs de l’effort et du travail, la volonté de former une société harmonieuse. C’est parce que les décideurs et faiseurs d’opinion occidentaux ont massivement abandonné ces notions qu’il leur est aujourd’hui impossible de  bâtir une société forte et ambitieuse dans laquelle se retrouveront  chrétiens, juifs, musulmans et athées.

Un philosophe musulman déclarait autrefois que « nous ne devons pas avoir honte de reconnaître la vérité d’où qu’elle vienne et de la faire nôtre, quelle qu’en soit l’origine, même si elle provient de générations antérieures et de nations différentes de la nôtre ». La vérité donc peut être de toutes les époques et de toutes les origines. Il suffit de savoir l’appréhender. Ce sont les hommes qui détiennent entre leurs mains le pouvoir de la faire triompher.

GREGORY BRUEL

 

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